ÊTRE RÉFORMISTE NE SIGNIFIE PAS ÊTRE IMMOBILE
À quelques mois de l’élection présidentielle, les débats vont se multiplier.
Pour notre Fédération, une exigence doit s’imposer : l’industrie et ses emplois ne peuvent être relégués au rang de sujets secondaires. Ils doivent être au cœur des choix proposés aux Français. Cette ambition industrielle doit aussi intégrer les enjeux du handicap et de l’inclusion, afin de garantir à chacun un accès durable au monde du travail et le maintien dans l’emploi. Derrière les discours, il faudra arbitrer et surtout agir.
Nous avons besoin d’une politique industrielle de long terme, capable de conjuguer souveraineté, compétiti vité, emplois qualifiés et transition écologique. Réindustrialiser et décarboner ne sont pas deux objec tifs contradictoires. Ils constituent une même obligation. Mais la transition écologique ne peut devenir le cheval de Troie d’une nouvelle désindustrialisation. On ne peut imposer à nos entreprises des normes et des investissements considérables tout en acceptant des produits fabriqués dans des conditions sociales et environnementales moins exigeantes et soutenus par des subventions publiques massives.
Selon l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), celles accordées aux industries chinoises peuvent représenter jusqu’à 3 % de leur chiffre d’affaires, contre 0,5 % en Europe. La naïveté commerciale n’est pas une politique industrielle. Les annonces de Choose France montrent que notre pays conserve de solides atouts. C’est positif. Mais notre exigence est claire : attirer des investissements qui implantent des usines, structurent des filières et créent durablement des emplois, plutôt que des infrastructures très capitalistiques mais peu pour voyeuses d’emplois.
Cette exigence vaut aussi pour nos entreprises. Chez Daher, face au projet de délocalisation d’activités vers le Maroc, comme chez Schneider Electric, où des réductions d’emplois sont envisagées malgré la dyna mique de l’électrification, nous sommes aux côtés de nos équipes et des salariés. Les investissements doivent d’abord renforcer les capacités industrielles, les compétences et l’emploi en France. Il faut aussi reconnaître les choix qui vont dans le bon sens.
Dans l’automobile, les investissements annoncés par Stellantis en France, notamment à Mulhouse et dans la R&D, comme ceux engagés par Valeo à Angers et Étaples, montrent qu’investir et produire dans notre pays reste possible. À nous d’en faire la règle plutôt que l’exception. Cette rentrée sera également sociale. La tentation sera forte de transformer chaque sujet en affrontement ou en posture. Nous devons faire autrement.
Être réformiste ne signifie pas être immobile. Soyons innovants. À nous de changer logiciel : ouvrir nous-mêmes les chantiers plutôt que de subir ceux des autres. Négocions dès maintenant sur l’impact de l’IA, les compé tences ou encore le modèle productif. Notre syndicalisme doit proposer, négocier, construire et obtenir. La contestation est parfois nécessaire ; elle ne peut être notre seul horizon. À l’heure où s’ouvre une période décisive, nous restons fidèles à notre indépendance, notre ligne est claire : défendre toute l’industrie française, ses emplois et ses savoir-faire, et réussir les transitions sans casse sociale.
Valentin Rodriguez
Secrétaire général FO Métaux